jeudi 21 août 2008

Réflexion sur la sidra Devarim

Les paroles de l'homme modeste

par Ariel REBIBO

Le dernier Livre de la Tora expose les discours de Moïse prononcés avant sa mort. (Deut. 1, 1) :

"Voici les dévarim / paroles que dit Moïse à tous les enfants d'Israël, au-delà du Jourdain, dans le désert, (...)."

Ce verset ne manque pas d'ironie. Quarante ans plus tôt, Moïse est également dans le désert, mais en berger solitaire avec son troupeau. Depuis longtemps il a fui le pays dans lequel son peuple souffre terriblement. Il en est bien loin, perdu dans ses pensées, avec le sentiment de demeurer un étranger sur Terre. Dieu se révèle alors à lui. Il le choisit pour libérer son peuple mais Moïse refuse. Il ne sait pas bien parler (Ex. 4, 10) :

"De grâce, Mon Seigneur, je ne suis pas un homme de dévarim / paroles, (...)."

Quel chemin parcouru depuis ! Moïse libère le peuple, lui enseigne la Loi divine et le guide dans le désert. Un Livre entier de la Tora est consacré à ses paroles, lui qui n'est pas un "homme de paroles", dans le sens de discours. On y découvre son talent d'orateur. Usant de figures de style, sachant susciter des émotions, Moïse s'adresse à Israël avant son entrée en Terre de Canaan. Il évoque le passé, l'alliance avec Dieu et les hautes aspirations auxquelles il doit rester fidèle. Moïse rappelle également ses manquements. Il s'inquiète pour le futur de son peuple mais le rassure en affirmant la foi en un renouveau toujours possible. Moïse expose encore un Code de lois, expression concrète nécessaire aux principes de la Tora. Puis avant de quitter son peuple, le Maître d'Israël lui lègue deux "testaments" : un chant aussi beau que douloureux et un ensemble de bénédictions aux tribus d'Israël.

L'Eternel a donc choisi l'homme qui ne veut pas être son prophète, qui n'ose pas s'adresser à Pharaon et ne s'imagine pas guider un peuple. Celui qui doit dire le verbe divin ne peut pas déjà porter un discours construit, habile et sûr. La parole lourde de Moïse trahit son humilité, son insatisfaction, son désir insatiable de comprendre. Comme à Moïse, Dieu ne parle qu'à celui ou celle qui le cherche, avec ses doutes et assumant la fragilité de son être. Cette personne peut écouter une parole autre, sait l'intérioriser et la faire résonner, la clamer, en des paroles qui retentissent pour tous les hommes, à travers l'Histoire.

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